
L'ombre teintée des mots permet au silence de parler, aux
curs de s'épancher, aux yeux de s'éclairer,
à la lumière de jaillir.
Émilie se promène dans le jardin secret
qu'elle s'est aménagé tout au long de sa vie.
Elle nous en offre la visite. Nuages, pluie et soleil
s'y sont régulièrement alternés : des tranches
de vie tantôt douces, tantôt rudes, très souvent
bousculées par de nombreux combats, qu'elle nous fait découvrir
au travers de conversations, de réflexions et de confidences.
L'orgueil, la révolte, la lutte furent son
oxygène. Ils la nourrissaient, lui apportaient l'énergie
nécessaire pour vivre.
"Voltaire a dit : "L'amour-propre
est un ballon gonflé de vent dont il sort des tempêtes
quand on y fait une piqûre." Moi aussi, dès
que je me sentais menacée, piquée au plus profond
de moi-même, ma bulle défensive explosait".
" Oui, je me surprends à saliver
! J'ai dans la bouche, dans le cur, dans la mémoire,
le goût doux et amer d'un berlingot acidulé aux couleurs
de l'arc-en-ciel qui sent la fraise des bois, la menthe poivrée,
le citron, l'orange, la violette, la guimauve."
Gravé sur le couvercle de son coffre-fort,
un mot
À l'intérieur, soigneusement pliés et enrubannés
seize petits papiers