Je ne sais pas trop pourquoi j'ai lancé cette invitation, je suis d'ordinaire très maladroit avec les filles, même les moches. Alors là … Que vais-je pouvoir lui raconter ? Ma vie ? La pauvre… On s'installe en terrasse.
17 heures 25. Je me sens plutôt heureux : je suis aux côtés de la plus jolie fille du monde. Elle va moins bien : elle devra annoncer la mauvaise nouvelle à sa mère. C'est sa voiture. Puis elle me parle un peu d'elle, s'y sentant obligée, sous le feu de mes questions indiscrètes. Non seulement Violette est belle, mais elle est cultivée. De plus, ses propos, son sourire, ses yeux me parfument de très agréables odeurs positives. Mon yang… Elle est étudiante en troisième année de sociologie. Parallèlement, elle exerce la fonction de clown hospitalier. Une réelle passion, qui lui permet d'atténuer la souffrance des enfants. Son nez rouge calme la douleur de ces mômes en détresse, me certifie-t-elle. Pourtant, mon père avait bien souvent le nez rouge, lui aussi le soir, et, au niveau de mes souffrances, c'était plus l'inverse qui se produisait. Il n'avait pas dû suivre la bonne formation… Parfois, Violette s'interrompt et m'incite à lui parler de moi. J'essaie d'apporter des réponses sensées, de faire de belles phrases. J'ai peur d'être ridicule. À la fin de mes réponses, je ne me souviens plus toujours du début des questions. Je parle de mon rien, je pense à mon tout. Ce n'est pas grave, la Belle reste avec moi.

 

 

Extrait de la nouvelle "Cardiotomie nécessaire", du recueil "C'est après qu'on s'en rencontre", de Xavier Petit.